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Gu d'Héripré nous dira s'il peut le faire
Publié le VENDREDI 01 JANVIER 2021


Après « Rolling » et « Un Mec », « Gu » pourrait devenir le troisième « d’Héripré » à se présenter au départ du Prix d’Amérique dans quatre semaines. Sa qualification en poche, suite à son succès dans le Critérium Continental, en fait l’un des plus dangereux opposants à Face Time Bourbon. Mais au haras de la Futelaie, où ses propriétaires l’ont élevé, rien ne se construit dans la précipitation.
 
Epoustouflant ! Par son dernier kilomètre, Gu d’Héripré a crevé l’écran dans le Critérium Continental dimanche dernier. Malgré un parcours peu avantageux, Franck Nivard en a tiré la quintessence pour cueillir non loin du but Goldy Mary et surtout Go on Boy, qui l’avait devancé à deux reprises, notamment dans le Critérium des 4 ans. Une performance qui n’a pas laissé insensible son plus proche entourage. « Je me demande encore à ce jour si on réalise vraiment. J’ai été impressionnée. Il était loin et mal embarqué dans la montée. Fabrice (Souloy, ndlr), qui était à mes côtés, pensait même que les carottes étaient cuites. Puis on l’a vu contourner le peloton. Et là, j’ai rétorqué à Fabrice, s’il remonte c’est un champion » se souvient Eugénie Quintin, gérante du haras de la Futelaie et première dame de l’écurie d’Héripré. Qui en doutait encore ? Certainement pas ses adversaires directs dont beaucoup voyaient en lui, bien avant sa qualification, le leader d’une génération. Toutefois, cette première invitation au Grand Prix d’Amérique ne changera rien de la recette maison que René Quintin, fondateur du label d’Héripré disparu au printemps dernier, avait affiné depuis plusieurs décennies. La patience reste le maître-mot de cette famille du trot soudée qui avait, peu de temps après l’achat de son haras en Normandie en 2004, écrit ses lettres de noblesse avec des trotteurs comme Rolling d’Héripré et Un Mec d’Héripré. Comme eux, Gu a oblitéré son passeport pour la plus belle course au Monde.

Face Time Bourbon une autre dimension

Mais ce vent d’euphorie ne doit pas déroger de la ligne de conduite. « Nous n’avons pris aucune décision quant à sa participation au Prix d’Amérique. On va voir comment il encaisse sa course. C’est lui et uniquement lui qui, par son état de forme, nous donnera le feu vert ou pas. On ne va pas se précipiter avec un jeune cheval », précise Eugénie, la fille de René, qui fait aujourd’hui tourner la boutique en compagnie de sa maman qui démêle les nœuds d’une administration de plus en plus envahissante, de sa sœur et de son frère aîné. Si la prudence semble de mise, l’excitation de vivre pareil moment se lit à demi-mot dans les propos de ses propriétaires et éleveurs. « On aime faire vieillir les chevaux. C’est aussi notre façon d’élever. Du reste, on ne fait pas forcément des précoces. Certes, on aimerait bien titiller Face Time Bourbon, mais on pénètre quand même dans une autre dimension. Gu a montré dans le Prix Marcel-Laurent qu’il pouvait simplement y toucher son bout de queue. Après on ne sait jamais ce qu’il peut arriver. Il faut déjà participer aux courses si l’on souhaite les gagner. Quand Rolling d’Héripré avait couru la belle, c’était l’année du sacre de Oyonnax. Le chic cheval de Vincent Brazon ne partait pourtant pas favori. C’est ce qui fait le charme des courses. Tout est si aléatoire. Les 2700 mètres ne le dérangeront surtout pas. Il s’adapte à tout », prévient Eugénie au sujet d’un crack qui, comme beaucoup d’illustres trotteurs, possède son petit caractère. « Il est vraiment hargneux. C’est une teigne. Il déborde constamment d’envie. Même au box, il reste vif. Il observe tout ce qui se passe. En tout cas, Gu est rentré pimpant de Vincennes. Il est en pleine forme. Il n’a pas pris dur. C’est aussi ce qui fait la différence. Quand les chevaux sont bien entraînés, bien alimentés, bien soignés, ils encaissent ces courses-là. Mais attention au retour de bâton. On est en haut de l’affiche parce qu’on a la chance que tout se soit bien goupillé. Dans le Grand Prix de l’UET, nous étions partis co-favori. On a vu le résultat. Il faut rester humble, sinon on remet vite les pieds sur terre », souligne, sage, Eugénie à la tête désormais de onze Groupe I, dont neuf bâtis sur le sol français.

Herik et Ironie d'Héripré dans les starting-blocks

« Héripré », ce hameau où la famille habitait dans le Pas-de-Calais, est devenu une marque de fabrique que le Haras de la Futelaie a magnifié au fil du temps. C’est ici, dans l’Orne, sur un domaine de 70 hectares, que stationnent une douzaine de poulinières de l’écurie, une trentaine au total si l’on y ajoute la pension. Une dimension humaine. Que cette famille souhaite perpétuer. « On essaye de pas dépasser douze poulinières. C’est la raison pour laquelle nous avons présenté cette année des juments aux ventes. Nous ne voulions pas être envahis. Si l’on veut bien les soigner et faire les choses correctement, il faut du temps et des moyens. A notre installation, en 2004, nous n’aurions jamais parié sur une telle réussite. On sait que c’est tellement difficile. Il faut les bonnes poulinières, les bons mariages, ensuite bien élever les poulains et transmettre le relais à l’entraîneur. C’est une chaîne. Aucun maillon ne doit manquer ». Dans le sillage de « Gu », quelques poulains mettent le nez à la fenêtre. « Les « J » ont juste été débourrés. Nos 2 ans viennent simplement de reprendre le boulot. Ils sont costauds. On a donc pris notre temps. Ironie d’Héripré a cela dit très bien couru récemment au monté. Herik d’Héripré, le frère de Gu d’Héripré, a quant à lui été mis au repos. Je ne le crois pas précoce.  Même si ce sont de bons éléments, il faut avant toute chose les respecter ». A « Gu » de les inspirer. Dès la fin janvier. Et rendre ce qui demeurerait « le plus bel hommage » à celui par qui cette épopée a commencé.

Fabrice Rougier


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