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​Les mises au vert estivales de Kévyn Thonnerieux
Publié le VENDREDI 07 AOUT 2020


L’arrivée aux balances de Dakota du Poto, l’un des quatre piliers de la réunion aixoise.

On pensait ce coup du chapeau irréalisable. Et pourtant… Dimanche dernier, à Aix-les-Bains, l’écurie Kévyn Thonnerieux a fait une razzia dans le Trophée Vert en enlevant le Grand Prix, l’épreuve pour les apprentis et celle réservée aux amateurs, glanant même au passage une quatrième victoire. Avec cette jeune équipe, vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

Ils sont entrés dans la légende ! Pour la première fois depuis la création du Trophée Vert, Kévyn Thonnerieux a réussi le grand chelem. Avec Dakota du Poto chez les amateurs où Julien Hamelet enchaînait une quatrième victoire consécutive, Dignité que sa compagne Marion Donabedian sublimait chez les apprentis et Espoir de Marny qui dominait de la tête et des épaules le fil rouge de la réunion d’Aix-les-Bains, sans omettre la performance de Darby Kalouma qui orchestrait le premier coup de quatre de l’écurie de Senas, la piste de Marlioz est devenue sienne. Presque sans étonner personne, le jeune entraîneur survolant le meeting estival savoyard depuis plusieurs exercices déjà. Au total, neuf de ses trente-six succès de la saison auront donc été inscrits au pied des Alpes. Un rythme soutenu qui pourrait propulser cette sympathique équipe vers sa plus fructueuse saison (record de 51 succès à battre) que le confinement n’aura pas réussi à impacter.

"Ce que les propriétaires veulent c'est gagner, prendre du plaisir"

« A Aix, nous avons nos repères sur la piste, souligne le spécialiste des lieux. Nos chevaux s’y plaisent et nous sommes de surcroît toujours bien accueillis. C’est important. Toutefois, ce n’est pas en deux claquements de doigts qu’on parvient à gagner des courses. Le travail paie. Pendant le confinement, nous n’avons rien lâché, même si nous nous sommes comme beaucoup posé pas mal de questions. Il ne fallait pas péter les plombs. Je pense que ceux qui ont le mieux géré ces deux mois d’interruption parviennent aujourd’hui à se distinguer. Il a fallu être solide mentalement car les factures continuaient d’arriver. Le plus dur est derrière nous même s’il est probable qu’on connaisse des confinements par région, qu’on nous demande de recourir à huis clos. Le pays est au bord de la banqueroute, on ne peut plus condamner l’économie et les courses y participent. On ne devrait par contre pas échapper à une baisse des allocations l’année prochaine. C’est inquiétant. C’est pourquoi mieux vaut prendre quelques longueurs d’avance ». Et pourtant, Kévyn, Marion et le petit Khoren sont avant tout en congés au pied des montagnes. Des vacances studieuses sans réelles grasses matinées. Quinze petits jours de détente dans une année où le trotteur ne quitte jamais le décor. Une parenthèse banale dans ce milieu où le repos est proscrit. « Ce sont nos vacances dans le sens où l’on mange au resto midi et soir. Nous sommes entourés de propriétaires que nous n’avons pas forcément la chance de voir tout au long de l’année. C’est dans nos gênes de cultiver cet aspect familial avec notre trentaine de chevaux et un petit groupe de clients dynamiques à notre image. Ils croient en nous. Nous nous devons d’être à la hauteur de leurs ambitions. On fait donc en sorte de préparer les choses du mieux possible et ça paie. Ce qu’ils attendent c’est de gagner, de prendre du plaisir. Quand on n’a pas le cheval c’est plus compliqué mais c’est à nous de nous débrouiller pour leur livrer le meilleur compétiteur dans un budget donné, parfois très serré. Nous n’avons pas que des partenaires fortunés, loin de là », reprend Kévyn.

Marion Donabedian, un maillon essentiel

Aucun pensionnaire ne débarque dans les Bouches-du-Rhône par le fruit du hasard. Ils sont analysés, décortiqués, scrutés avant l’achat. Avec Marion Donabedian, experte en la matière, la « Team KT » se trompe rarement. « Marion s’intéresse beaucoup aux réclamers. On essaie avec subtilité de trouver le cheval dont les gains collent avec les aptitudes tout en anticipant les choses à améliorer. C'est juste une question de feeling, de coup d’œil. A Montauban, l’an passé, on avait acheté Ebabiela. Cette année c’était Dakota du Poto, son « Potofeu » comme elle l’appelle. Alors, il n’est peut-être pas aussi doué qu’Ebabiela, on ne prendra sûrement pas 100 000 €, mais on l’a acheté 6000 € avec cette certitude qu’il sera bien rentabilisé. Il ne va pas en rester là. Il peut même gagner chez les pros de la manière dont il s’y prend. Le cas est identique avec Darby Kalouma. Son propriétaire est un associé de l’écurie G.T.A, c’était déjà une chance pour monsieur Torres-Arnau d’avoir un cheval comme Epico Blue, même s’il reste compliqué. On avait investi dans un cheval il y a quelques mois 15 000 €, malheureusement il n’a pas pris un centime. Comme on n’avait pas été chanceux, je lui ai proposé « Darby » qui présentait un gros moteur. On l’a payé 22 000 € mais il les vaut tous les jours. Vu sa course à Aix, on va en prendre 50 à 80 000 € en rigolant. Dans ce métier, on n’a pas le droit de s’endormir. Le renouvellement des forces en présence est l’une des clés de la réussite ». Marion, un maillon essentiel dans la prospérité de l’entreprise et une main de velours dans les pelotons d’apprentis. « Elle est très adroite dans un sulky, reconnaît le boss. Tu ne remportes pas neuf courses dans l’année si tu es nulle. Pour les gens, si tu gagnes c’est que tu as des chevaux déclassés. C’est faux ! Dignité n’est pas une jument simple. Et puis il faut voir la pression qu’elle avait sur les épaules dimanche. Le coup de trois n’avait jamais été réalisé dans le Trophée vert. Elle possédait certes une première chance, mais au niveau de la préparation on ne savait pas trop si on était dans les clous après un petit pépin de santé qui l’avait arrêtée plus d’un mois. Vous savez, les bons drivers sont ceux qui ne perdent pas les courses ». Ces deux-là sont indissociables. Ils se complètent, se soutiennent. L’éclosion de l’un n’est rien sans l’abnégation de l’autre. « On a commencé avec pas grand-chose et depuis on essaie de faire tourner la boite. On tente de faire vieillir les bons chevaux, de les exploiter au mieux sans les abimer pour payer les factures. Avec en filigrane  le respect du cheval ». Où s’arrêteront-ils ? Certainement pas au bout des 2700 mètres de la piste d’Aix. Du reste, la forme appelant la victoire, c’est désormais à Cagnes que les regards de la petite équipe se tournent. « Sans être prétentieux, j’espère bien en gagner deux ou trois avant la fin du meeting azuréen, notamment avec Félicia de Bess dans la Coupe. Ce serait là encore une première pour l’écurie.  On aura l’opportunité d’affronter des rivaux émoussés qui marchent 12’ à tous les voyages alors que les nôtres ont gagné la queue en trompette. En fin de meeting, ça peut faire la différence ». De là-haut, leur ami Philippe Millan, l’un de nos amateurs récemment disparu, poussera à coup sûr dans la ligne droite. Comme au bon vieux temps de Boléro Love de Lou.
 
Fabrice Rougier


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