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Scandella-Lacaille, unis dans la vie, adversaires aux écuries
Publié le VENDREDI 08 JANVIER 2021


Ayant conjointement obtenu leurs licences d’entraîneurs en septembre dernier, Manon Scandella et Edouard Lacaille, mariés et bientôt parents d’un troisième enfant, lancent réellement leur nouvelle activité cette année à Calas. Mais, pour commencer, chacun de son côté. L’expérience de l’un ayant à terme pour but d’étoffer les compétences de l’autre. Le mistral du changement souffle sur Marseille.   

Epoux dans la vie, les jockeys Manon Scandella et Edouard Lacaille ont pourtant décidé de faire cavaliers seuls en compétition. Si la fille de Christian a présenté le 29 décembre avec Acignée, sous ses propres couleurs, son premier partant en tant qu’entraîneur à Pau, Edouard, lui aussi détenteur de la licence depuis septembre, ne devrait plus tarder à la rejoindre sur les programmes dans la colonne des metteurs au point. Un bonheur partagé dans des vies professionnelles parallèles. A tel point que les deux blondinets Ethan et Nolan, si fiers d’accueillir Esteban dans un mois, ne sauront plus vraiment qui supporter lors de leurs après-midis à Vivaux ou ailleurs. La complicité demeure. La complémentarité, elle, cimentera après dix ans d’union un couple que Calas a vu naître. Une stratégie mûrement réfléchie par les deux acteurs. « Avec Manon, nous n’avons pas forcément les mêmes méthodes de travail. Sa carrière l’avait dirigée vers l’Angleterre, quand moi je faisais les Etats Unis, l’île Maurice,… des pays où l’on voit et apprend des techniques différentes. C’est pourquoi on préfère se lancer chacun de notre côté, même si la fusion de nos écuries n’est surtout pas à écarter à moyen terme. En découvrant seuls ce métier, nos propres expériences deviendront un véritable atout », explique Edouard Lacaille qui, naturellement, en fin connaissseur, fera du plat sa spécialité quand Manon roulera davantage sa bosse sur les obstacles. « Mon truc c’est le plat. Et il est normal que je me concentre sur ce que je sais faire de mieux. Si la région Sud-est n’est pas propice à cela, j’aimerais pourtant, au-delà des pur-sang, me spécialiser dans les chevaux arabes. J’adore cette race. Dans ma jeunesse, j’ai travaillé avec eux chez Jean-François Bernard et ça m’a toujours fait vibrer. Mais nous n’en sommes pas encore là. Je règle les derniers détails de mon installation avant de récupérer cinq ou six boxes sur le centre d’entraînement phocéen. Tout commencera avec les chevaux de ma mère et j’espère d’ici là conquérir un ou deux clients. Mais à Marseille, ce n’est pas simple. Ils ne courent pas les rues et les investisseurs font déjà confiance à des écuries en pleine réussite », remarque encore le jockey aux 130 victoires dont la carrière s’est soudainement arrêtée à 34 ans il y a un peu plus de deux semaines dans le Béarn.

Pau, un hippodrome particulier pour le couple

« Les dernières années n’avaient plus la même saveur. La forme appartenait   au passé. Les propriétaires étaient de moins en moins nombreux à m’accorder leur confiance. Plus rares, les montes étaient aussi de moins bonne qualité. Moralement, même si je prenais autant de plaisir, ça devenait dur. Quand vous êtes affichés comme le gros outsider dans toute les courses de la réunion, c’est moins kiffant. C’est même frustrant car c’est un métier de gagneur. La course d’Acignée à Pau était symbolique. J’avais le choix entre Pau et Vivaux ce jour-là. J’ai choisi Pau parce que c’est d’abord une jument que j’aime beaucoup. Avant le coup, on s’imaginait terminer plus près que cinquième. Pau, c’est aussi là que tout a commencé il y a dix ans avec Manon. Enfin, le Pont-Long est un hippodrome que j’adore et qui m’a toujours réussi. C’était l’occasion d’ajouter de l’émotion au résultat. J’ai fait l’essentiel de ma carrière dans le Sud-ouest chez Luis Urbano, chez qui j’ai signé ma meilleure année, mais aussi pour Thierry Lemer » se souvient-il, l’émotion toujours perceptible dans l’intonation. « Je n’ai plus monté depuis deux semaines. Se dire qu’on ne remettra plus les couleurs, que le sac de courses est à jamais fermé, est psychologiquement compliqué mais il faut passer à autre chose. J’ai fait ce métier près de vingt ans, ce n’est pas donné à tout le monde. Cela m’a permis de voyager, de réaliser mes rêves, de toucher de bons chevaux à l’entraînement. Les méandres de l’installation m’évitent quelque part de gamberger ». La selle, sa femme Manon pensait quant à elle la ressortir il y a encore peu de temps. « Reprendre ma licence m’a titillé il y a un et demi, puis la sagesse a pris le dessus, confie la femme jockey la plus adroite de sa génération. J’ai deux enfants, bientôt trois, il faut savoir se ranger. Et cette fois c’est vraiment digéré. Je suis partie pour vendre mon matériel de courses donc j’ai passé un cap ». Et bien plus que cela.

"Les Marseillais n'ont plus à rougir quand ils montent à Paris"

Dans la lignée d’une famille qui a hissé haut les couleurs méridionales, la fille ainée de Christian Scandella vole désormais, après des stages chez Jean-Claude Rouget et Guy Cherel ou au Royaume-Uni et au terme de huit années passées au sein de la structure familiale, de ses propres ailes. Avec la tête bien vissée sur les épaules et des objectifs raisonnables dans le cadre d’une écurie se voulant familiale. « Faire en quelque sorte du travail à la carte, précise-t-elle. Essayer de tirer la quintessence de chacun de mes pensionnaires et ne surtout pas traîner quand malheureusement on s’aperçoit que ce n’est pas le métier du cheval. Je ne suis pas là pour faire de l’hôtellerie. J’ai la chance d’avoir un réseau assez conséquent pour la réforme. J’ai donc matière à pouvoir placer mes chevaux et avoir de leurs nouvelles quelle que soit la discipline qu’ils feront par la suite. Dans l’immédiat, je voudrais boucler l’année avec une petite quinzaine de chevaux à l’entraînement. Deux ou trois propriétaires différents seraient les bienvenus pour lancer la machine. On ne peut pas construire une écurie de courses avec pour seuls alliés ses propres pensionnaires. Après avoir beaucoup appris aux côtés de papa, monté douze ans en courses, je ne sors pas de nulle part. Mais il est vrai qu’on m’attend un peu au tournant. C’est une autre casquette qu’on m’enfile. Ce sont d’autres responsabilités. Il faut faire ses preuves et rien ne se concrétise en deux jours ». Qu’importe les obstacles. Pour Manon, l’heure est au grand saut. « Si Edouard s’oriente davantage vers le plat et les jeunes chevaux, je reconnais avoir un faible pour les sauteurs. J’aime créer un cheval d’obstacle. Un sauteur ça se construit. Il a ensuite les facultés ou ne les a pas. C’est un travail sur du long terme. C’est ce qui me permet de me lever du bon pied chaque matin. Aujourd’hui, les courses sont compliquées pour tout le monde. Il faut avoir un panel de chevaux capables d’aller partout. Dans le Top 10 de la profession y’a des entraîneurs de Marseille, de Royan, beaucoup de provinciaux. Les Marseillais n’ont plus à rougir quand ils montent à Paris. Acignée devrait justement débuter sur les haies de Compiègne au mois de mars. Elle s’y prend bien et je ne veux pas atteindre son moral dans des courses de plat. C’est une pouliche tendre, avec un peu de potentiel, et je préfère qu’elle s’endurcisse en sautant. Les vieux tontons sont de retour comme Notorius et Operator qui va sûrement faire sa rentrée pour la réouverture de Nîmes, un hippodrome où l’équipe en place fait un travail fabuleux. C’est malheureusement le seul champ de courses du sud-est ayant échappé au désamour de la discipline. C’est vraiment dommage que l’obstacle puisse être négligé à ce point dans notre région », déplore la jeune entraîneure. François Nicolle, Guillaume Macaire, David Cottin, Gabriel Leenders et consorts vont devoir partager le gâteau. Et notre Marseillaise a de l’appétit !

Fabrice Rougier


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