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Nicolas Devilder créateur de champions, exportateur de talent
Publié le SAMEDI 13 NOVEMBRE 2021


Dimanche à Auteuil, dans le Prix Renaud du Vivier (Grp. I), Hurrick des Obeaux tentera d’apporter un premier Groupe I à Nicolas Devilder en tant que propriétaire et entraîneur. En sa qualité d’éleveur, il ne compte plus les classiques remportés par les « Obeaux » de l’autre côté de la Manche. Des ventes indispensables pour pérenniser l’un des plus beaux élevages français de l’obstacle.  

A quelques jours du premier Groupe I de Hurrick des Obeaux, Nicolas Devilder ne se pose pas trop de questions. En homme d’expérience. Aguerri. Vacciné pour reprendre un terme à la mode. L’ultime prestation de son protégé dans le Prix Pierre de Lassus (Grp. III), dernière préparatoire à la Grande Course de Haies des 4 ans, n’est surtout pas à prendre au pied de la lettre. Preuves à l’appui. « Un cheval s’était déferré juste avant la course et ça l’a tendu d’attendre dix minutes en tournant en rond au départ. Il en a fait beaucoup trop ensuite durant le parcours. Ce n’était plus le même cheval. Il faut oublier cette course. Je vous garantis que tout est ok. Le cheval est bien, sinon je ne le courrais pas », martèle l’entraîneur stationné dans le Maine et Loire. Même s’il reconnaît… « Ce sera difficile de battre Theleme et Hermes Baie, même si ce dernier, il faut le rappeler, était tombé l’an dernier dans le Cambacérès. Il n’y a pas de chevaux imbattables. Le mien saute vite et bien, il est dur et se donne toujours à fond. Il va dans le lourd, même si je pense que dimanche le terrain sera davantage collant ce ne sera pas un handicap. Il aura aussi pour avantage d’être sellé par Olivier Jouin qui le connaît bien. Ils se font mutuellement confiance ».

"Dimanche ne me fait pas peur"

De la confiance, mais surtout une grande fidélité entre ces deux professionnels qui collaborent depuis quelques saisons. « Olivier Jouin monte pour nous depuis six ans. Je me régale de travailler avec lui. C’est un garçon agréable, qui est un bon cavalier le matin et ce qui n'est pas négligeable un bon jockey l’après-midi. Le matin quand il vient sauter les chevaux à la maison, si les gars n’ont pas fini, ça ne le dérange pas de prendre une fourche et de terminer le boulot avec eux. On a une bonne petite équipe. Mon personnel n’a pas beaucoup d’ancienneté, mais je note de la passion et beaucoup de courage. Je suis content de les avoir et je pense qu’ils sont contents de travailler à nos côtés. Ils s’intéressent aux chevaux, à leurs engagements aussi, il règne vraiment un bon état d'esprit. C’est pourquoi dimanche ne me fait pas peur. Et même si cela venait à mal se passer, je suis déjà très content d’être au départ. J’ai 66 ans, ma carrière est derrière moi. Je suis un homme comblé. J’ai une bonne famille, j’ai des bons salariés, ça me suffit pour être heureux. Des Groupe I, vous savez, on en a gagné en tant qu’éleveurs. Après, remporter un classique en tant que propriétaire, comme l’a fait William Menuet dimanche dernier, ce serait formidable, une cerise sur le gâteau. Je suis du reste content pour William car c’est un type vraiment sympathique. En plus, il s’impose avec mon jockey. Je ne vais pas dire que ça m’a fait autant plaisir que si j’avais personnellement triomphé mais presque. On était aux larmes de le voir s’imposer, surtout après avoir monté une course de rêve ». Hurrick des Obeaux peut en tout cas ponctuer l’année exceptionnelle de cette petite écurie de douze âmes. « Oui et pourvu que ça dure. Ce n’est en tout cas pas grâce à moi. Je suis juste un catalyseur, le cuisinier qui va trouver les bons ingrédients ». Si le mentor attire la lumière des projecteurs en France, l’éleveur, lui, s’est fait un nom en Angleterre, pays où il exporte nombre de ses bébés. Avec un certain brio.

Une jumenterie black type

Du reste, entre entraîner et élever, Nicolas Devilder n’a guère à réfléchir pour livrer son verdict. « Je prendrais bien entendu l’élevage. Messire des Obeaux a gagné son Groupe I outre-manche, Alpha des Obeaux a couru trois fois le Grand National, Houblon des Obeaux a gagné Groupe III et Groupe II, Clan des Obeaux en est à quatre Groupe I, dont deux King George Chase,… Haddex des Obeaux, lauréat au printemps à Auteuil, a également traversé la Manche pour y gagner d’emblée de belle façon. On a quand même de cette chance d’avoir les Anglais. C’est un marché important. Je ne suis pas certain qu’on s’en sortirait en ne gagnant que des courses en France. En tant qu’éleveurs, on a besoin de vendre nos produits. Pour les gars à l’écurie, ce n’est pas très drôle, mais c’est un mal nécessaire. Alors ça râle un peu parfois de nous en séparer prématurément, mais nous en sommes obligés. C’est notre seul revenu avec les gains et les allocations à elles seules ne couvrent pas les frais. Moi je n’ai pas de pensions. Si l’on veut aller vers de bonnes saillies, comme Kapgarde c’est une obligation. Sans Kapgarde, nous n’aurions jamais connu Clan des Obeaux. Quant aux juments, elles sont toutes black type à la première génération. Je suis fier de le dire. Energie des Obeaux, qui est une bonne compétitrice de cross et fait toutes ses courses, ne rentrera pas à l’élevage chez nous car on ne garde que les placés de listed-race au minimum. Je me suis fixé cet objectif et je m’y tiendrai », prévient encore le boss des « Obeaux », du nom qui renvoie aux racines familiales, au Croisé-Laroche, ce plat pays où tout a commencé. « Du Nord, il ne me reste plus rien. Sauf mon épouse. Mais je vous rassure, je l’ai emmenée avec moi dans l’Ouest ». Et des enfants, passionnés, qui prendront le moment venu le témoin de l’élevage. Tous les indicateurs semblent vraiment « Obeaux » fixe.
 
Fabrice Rougier


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