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Philippe Sogorb et ses amours de jeunesse
Publié le VENDREDI 18 MARS 2022


Un petit coin de parapluie à La Teste-de-Buch avec Alejandro Gutierrez Val.

D’abord jockey ayant clôturé en 2013 son bilan comptable avec plus de mille victoires, Philippe Sogorb se consacre dans les Landes depuis une dizaine d’années à l’entraînement d’une soixantaine de galopeurs dont la plupart, beaucoup d’inédits, n’ont que 2 ans. Le technicien montois et sa fidèle équipe volent déjà, sans avoir eu le temps de s’en apercevoir, vers les cinq cents succès. Etat des lieux.  

Mercredi matin, centre d’entraînement de Mont de Marsan. Philippe Sogorb a l’œil rivé sur les premiers lots. Presque imperturbable. Attentif comme à ce premier jour de 2011 alors qu’il embrassait une nouvelle carrière, celle d’entraîneur, après avoir été le jockey de quelques belles casaques comme celle de la Marquise de Moratalla. Peu commun pour un gamin extérieur au mundillo à peine sorti de l’Afasec. « J’ai voulu être jockey à l’âge de 11 ans, mais mes parents n’étaient pas dans les chevaux. Devant mon insistance, ils m’ont mis à l’Afasec et j’ai atterri chez Elie Lellouche en 1988. J’ai quand même une bonne étoile au-dessus de la tête. J’ai ainsi pu atteindre les mille victoires, avec l’étranger, en tant que pilote. En 2011, suite à mon installation, les victoires se sont enchaînées. J’ai notamment eu la chance de tomber sur une pouliche comme Vorda qui m’a vraiment lancé et m’a permis d’être encore là à vous parler dix ans plus tard. Je m’estime somme toute assez chanceux, la réussite m’ayant toujours accompagné. Mais elle n’arrive pas comme ça sur un coup du sort. Autour de moi, j’ai toujours treize à quatorze salariés à cheval. Une équipe exceptionnelle à qui je fais confiance. J’ai mis du temps à la mettre en place, mais ce sont des personnes fidèles qui sont là depuis longtemps maintenant et qui savent exactement comment l’écurie fonctionne. C’est grâce à eux qu’on gagne des courses. Beaucoup d’entraîneurs se plaignent de rencontrer des difficultés pour recruter du personnel compétent, j’ai encore la chance de dire que je n’ai pas été concerné par ce problème », précise le Montois bien épaulé et tout aussi bien entouré par des clients fidèles.

Priorité aux 2 et 3 ans

Nombreux. Très nombreux. « Si l’on souhaite résister dans ce métier, il faut construire des fondations stables avec ses clients. Des propriétaires comme Mohammed Al Thani, Guy Pariente, Niarchos constituent la grosse base de mon écurie. Avec ces chevaux-là, on peut aligner des gagnants qui par corrélation attirent derrière d’autres petits propriétaires », poursuit-il. A écouter Philippe Sogorb, tout paraît si simple. Mais aux courses, sans talent, sans un petit supplément sur ses adversaires, on sort vite du décor. On n’approche pas les cinq cents victoires sur le sol français en qualité d’entraîneur d’un coup de cravache magique. Et pourtant, ce cap n’est plus si loin, même s’il se refuse à toute addition. « Je ne suis pas obstiné par le nombre de courses que je remporte chaque année. J’essaie juste de tirer le meilleur de mes chevaux. Mais si vous dites que j’arrive à cinq cents c’est déjà pas mal (rires) ». Philippe Sogorb préfère aborder l’avenir. Avec une particularité qu’il clame haut et fort et qui pourrait tout aussi bien devenir un slogan : « j’aime la jeunesse ! ». En effet, sur les soixante équidés qui composent l’écurie, vingt-cinq n’ont que 2 ans. On y trouve aussi un noyau de pur-sang arabes de 3 ans et énormément d’inédits. « J’ai à peine vingt chevaux courables à l’heure actuelle. Mais ça correspond à ma politique d’entraînement que d’exploiter les jeunes chevaux pour mesurer leur potentiel. Ensuite, s’ils ont des moyens, ils sont placés sur le marché. Les juments peuvent quant à elles devenir poulinières. S’ils sont par contre plus limités, ça devient de suite plus difficile. Alors, on n’hésite pas à passer par les courses à réclamer afin d’opérer une rotation. Il faut essayer beaucoup de chevaux pour tomber sur quelques-uns de bons. En principe, je débute mes poulains quand ils sont prêts à aller aux courses et aptes à y réaliser de bonnes performances. Avec du travail en amont. Les meilleurs, s’ils ont un vrai potentiel et gagnent chez les inédits, vont progresser sur leurs débuts et pouvoir grimper les échelons. J’apprécie cette sélection, je ne suis pas un entraîneur de vieux chevaux de handicaps ». La jeunesse n’aime pas les vaincus écrivait Simone de Beauvoir.

"Je ne suis pas un entraîneur de vieux chevaux de handicaps"

Alors, en parcourant les boxes, Philippe nous présente ses plus beaux modèles, diffuse aussi ses espoirs. « Cuncerto n’a toujours pas gagné, il est troisième en débutant puis second. C’est un cheval tardif que j’aime beaucoup et qui pourrait s’exprimer à un bon niveau. Une pouliche comme Oxiana est douée, Gavial aussi est un bon cheval. Tonka reste sur deux victoires cette année et va prendre la direction du Prix Vanteaux, un Groupe III pour pouliches de 3 ans à ParisLongchamp. Voilà à mon sens les quatre chevaux qui forment le haut de tableau chez mes 3 ans ». Plus aguerri, du haut de ses 6 ans, Styledargent tentera de montrer la voie à ses cadets. « Je l’ai récupéré au début de l’année passée. Son propriétaire, monsieur Pariente, voulait en faire un candidat pour les listed et les Groupes, mais je trouve qu’il avait perdu du niveau, de sa superbe. Il avait constamment du mal à finir ses courses. Toujours à l’arrivée, mais toujours battu. En dernier lieu avant sa victoire à Mont de Marsan, je le trouvais mieux que d’habitude à l’entraînement et c’est la première fois que je l’ai réellement vu finir sa course en avançant. Donc je le crois sur la montante, en espérant qu’il retrouvera tout son potentiel. Mais il est encore trop tôt pour me prononcer », rassure Philippe Sogorb sans toutefois faire preuve d’un enthousiasme démesuré. Un homme averti en vaut deux. Et en bientôt 35 ans de boutique, le mentor du Sud-ouest a parfois appris que la frontière entre l’optimisme et les désillusions n’a pas de barrières. Rien de tel qu’un cheval pour vous faire mentir… même quand sur votre activité les planètes demeurent alignées depuis longtemps.

Fabrice Rougier


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