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Matthieu Varin et ses mises au vert
Publié le DIMANCHE 24 AVRIL 2022


Un succès de Caliméro du Thiole qui tombe bien sur le billard d’Ecommoy (Photo : Juju Photographies).

Dimanche, du côté d’Ecommoy, Caliméro du Thiole a lancé en force sa campagne 2022 du Trophée Vert. Un succès qui préface le retour au premier plan de l’écurie Matthieu Varin pratiquement mise hors course tout l’hiver en raison d’un virus. Rencontre à 800 mètres d’Utah Beach avec un Normand pure souche qui a « ressuscité » nombre de trotteurs.

Serait-il devenu un spécialiste ? Avec un effectif constant d’une petite dizaine de trotteurs depuis ses débuts, la plupart provenant de la récup’, Matthieu Varin s’est adjugé dimanche sa troisième victoire d’étape du Trophée Vert en qualité d’entraîneur. Après Vivien Péo en 2017 au Touquet, By and By l’an passé à Villeneuve-sur-Lot, c’est Caliméro du Thiole, un trotteur arrivé cet hiver en Normandie, qui enflammait le week-end dernier les tribunes d’Ecommoy et réchauffait le cœur du jeune entraîneur. « Le Trophée Vert c’est une compétition conviviale. Je trouve même plus gratifiant de gagner le Trophée Vert qu’un GNT programmé le mercredi et qui n’attire plus grand monde. L’organiser le samedi serait je pense plus intelligent. Paradoxalement, le Tour de France sur herbe, qui fédère la petite province, n’est pas assez mis en avant. C’est en tout cas une belle victoire pour le cheval, pour les propriétaires, pour moi et même pour Pierre Levesque qui m’a souvent accompagné dans des succès importants. J’ai toujours entendu dire que Caliméro du Thiole était un sujet dur, mais pour moi c’est l’inverse. Quand on lui masque l’effort, il a un bout de deux cents mètres très rapide. D’avoir la mer à disposition à l’âge de 10 ans l’a beaucoup aidé. Depuis qu’il ne voit plus une piste le matin, il a repris beaucoup de moral. Il est magnifique d’état. Je ne peux pas l’avoir plus beau. Il travaille si bien que j’étais déjà sûr, à condition de s’élancer au trot, de finir dans les cinq premiers dans la manche du GNT à Amiens. Ensuite, à Lisieux, il était parti sur la mauvaise jambe et il a alors manqué d’une vraie course pour se rendre à Reims. Il soufflait beaucoup à son retour. C’est pour cette raison que j’ai souhaité le courir de façon rapprochée à Ecommoy et il m’a donné raison. On va peut-être jouer notre carte à fond dans le tournoi, même quand il lui faudra rendre cinquante mètres, comme à Bernay le 1er mai, ne serait-ce que pour engranger des points de participation et entretenir sa forme. Ensuite, les conditions de course à Erbray, le 19 juin, nous seront très favorables. Il ne faudra pas se louper. On effectuera les comptes à l’issue de cette manche » confie l’entraîneur dont l’établissement, composé d’une dizaine de boxes et de neuf paddocks, se situe à quelques foulées d’Utah Beach.

"Je ne suis pas de ceux qui jouent les faux riches"

L’emplacement idéal avec la plage et ses lignes droites de sable fin pour seule aire de jeu. Pourtant, être passionné, bosseur, basé au carrefour de nombreux champs de courses ne suffit pas. Surtout quand la poisse s’en mêle à plusieurs reprises. « Mes chevaux ont encore été malades cet hiver. Je n’ai quasiment pas pris une thune donc il me faut désormais stabiliser la situation. Dans ce contexte, la performance de Caliméro revêt encore plus d’importance. Cela m’est déjà arrivé à trois ou quatre reprises de me voir contraint d’arrêter tout l’effectif. Ça met mal. Très mal. Ce que l’on a gagné, on le reperd. On fait du surplace. Plusieurs fois la situation a été critique. Je n’étais pas serein, croyez-moi. Je ne suis pas de ceux qui jouent les faux-riches. Ça n’a pas été simple tout le temps, mais dans mon malheur j’ai cette chance d’être toujours tombé sur un cheval pour repousser l’échéance au bon moment », précise Matthieu. Dans ses propos beaucoup se reconnaîtront. Les sourires des balances cachent une autre réalité.

Good Friend et Fortune Faite en fers de lance

Puis d’ajouter, « Quand on est récompensé par une victoire de Trophée Vert on se dit qu’on a raison de ne pas compter les heures. A la tête d’une entreprise, si on commence à s’attarder sur la montre on est mort. Je préfère regarder devant. Même s’il me faudrait trois ou quatre élèves de qualité supplémentaires, je me sens plutôt bien armé pour la suite de la saison, tout du moins sur ce que je vois le matin. Vagabondo va bientôt faire parler de lui. J’ai fait la bêtise de le déferrer des quatre pieds lundi à Bihorel-les-Rouen. C’est partie remise. Good Friend est l’un de mes meilleurs atouts. Il a pris une deuxième place PMU à Graignes en se présentant à 50% de ses moyens. C’est un cheval qui était à moitié fou quand il est arrivé. Personne n’a pu l’entraîner. Il embarquait ses drivers. Plus ça va, plus il se calme et meilleurs sont ses heats. Il court désormais sans tirer. Je suis sur la bonne voie. Dans ma carrière, j’ai fait beaucoup de rafistolage. Les vieux chevaux, leur moral, la mer en alliée, c’est mon sport. Aller dans le sens du cheval, le comprendre, ce n’est pas aussi simple que certains le prétendent. Maintenant, comme beaucoup, je préférerai travailler sur du neuf avec un propriétaire ambitieux. Mais le téléphone ne sonne pas (rires) donc il faut s’appliquer avec ce que l’on a. Fortune Faite a eu quant à elle un problème de santé après sa victoire de Castillonnès l’an dernier. Cette jument devrait posséder 150 000 ou 200 000 € de gains au compteur, mais elle en est loin. Je l’ai laissée dix mois au champ le temps de tout réparer. Elle effectuera sa rentrée dans une semaine. Si ses jambes tiennent, c’est mon espoir numéro un car elle se trouve archi déclassée. Voilà quatre ans que je la soigne et la préserve. J’ai travaillé dur sur son mental. Elle n’a encore rien montré. Corde à droite elle va concrétiser une super saison. Comme elle, Historia du Viaduc n’a pas les gains en rapport à sa qualité. Elle va rapidement capitaliser 30 000 €. C’est une vraie jument d’entraîneur qui panique encore un peu, il ne faut pas aller plus vite qu’elle, donc je vais la mener encore trois ou quatre fois pour la mettre en confiance avant d’avoir de réelles ambitions ». Après l’orage apparaît toujours le soleil. Quoi qu’en Normandie rien n’est moins sûr. « Pour y vivre, il faut être Normand de base », lâche-t-il à l’heure du départ dans un tourbillon de sympathie. Un chic type ce Matthieu !

Fabrice Rougier


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