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Pour Anthony Allais le salariat reste le statut de la liberté
Publié le VENDREDI 30 AVRIL 2021


Après dix-huit mois passés dans le New Jersey chez l’entraîneur Marcus Melander, Anthony Allais n’a pas fait les choses à moitié pour son retour sur les pistes normandes en menant Hello du Moulin à la victoire pour son nouveau patron Bertrand Le Beller. Rencontre avec un baroudeur dont le plaisir réside surtout auprès des poulains.

Il n’a pas pris l’accent américain. Même si cet immense pays est resté quelque part au fond de son cœur. Après dix-huit mois passés Outre-Atlantique, Anthony Allais a réalisé un magistral retour sur les pistes françaises en s’imposant avec Hello du Moulin, pour le compte de son nouveau patron Bertrand Le Beller, à Bihorel-les-Rouen. Une drive à la Brian Sears, le charismatique pilote des Etats-Unis, frère d’armes de Marcus Melander chez qui ce Parisien de 23 ans a beaucoup grandi. « Avant de quitter la France, j’avais arrêté le métier durant trois mois. J’en avais comme on dit un peu ras-le-bol. Un ami, qui était déjà sur place, m’a informé qu’on cherchait du monde et m’a dit viens ça te changera les idées. Je n’ai pas été déçu du voyage. Travailler avec un entraîneur qui a tout gagné sur ses terres à l’exception de l’Hambletonian est une expérience inouïe. Il a tout de même été élu meilleur entraîneur de l’année dans son pays à seulement 27 ans. Il dispose d’un grand haras avec une soixantaine de boxes, de maisons pour chacun de ses salariés. C’est la vie en grand. On travaillait essentiellement les jeunes chevaux de 2 et 3 ans. La méthode était surprenante. On arrivait sur les hippodromes avec des poulains de deux ans qui en paraissaient quatre. Il réussit en six mois de temps à les développer de façon extraordinaire. On encadrait un effectif de 55 trotteurs dont 40 deux ans. Cela exige une attitude différente à celle que l’on peut avoir chez nous. Il faut du calme, de la patience. Les chevaux sont plus sur le sang que les nôtres. On leur demande des efforts précoces, ils montent donc plus vite en puissance mais aussi en pression. On se doit d’être poli avec eux sinon on fait du mauvais boulot. Nous n’avions pas le droit de nous tromper car il faut savoir que ces poulains sont tous issus des ventes au prix moyen de 150 000 dollars. Quand on a de la came entre les mains, il faut redoubler de vigilance ». Un monde parallèle. Si lointain. Qu’Anthony devait néanmoins quitter contre son gré. « Je comptais renouveler mon visa jusqu’à la fin de l’année 2020 pour terminer la saison. Mais en raison du covid, les ambassades étaient fermées et je n’ai pas pu effectuer les démarches. J’ai donc dû faire machine arrière avant de devenir en situation illégale sur le territoire », déplore-t-il sans avoir définitivement rangé ses valises.

"Je ne suis pas un chaud de la casaque"

« Je ne ferme pas la porte pour y retourner un jour même si ce n’est pas à l’ordre du jour. Pourquoi pas dans une autre écurie pour voir autre chose ? La vie là-bas, à une heure de New-York, c’est chouette. La Suède, beaucoup de gens vous diront que c’est le top, mais Marcus est un entraîneur suédois. J’ai donc connu les trotteurs scandinaves, certes adaptés à la méthode américaine. Sans prétention, je n’ai sans doute pas grand-chose à apprendre là-haut. Je pense même qu’en France nos professionnels sont un ton au-dessus », explique celui qui a trouvé depuis l’un des meilleurs tremplins de l’activité pour rebondir. « C’est franchement top de bosser chez Bertrand Le Beller. C’est une super boîte. Les gens sont vraiment cools. Je suis très content d’avoir gagné pour l’écurie avec Hello du Moulin dès notre première association. Cela faisait 2 ans que je n’avais plus passé le poteau en tête. Cette victoire fait énormément de bien même si je ne suis pas un chaud de la casaque. J’aime bien courir, faire plaisir. Je ne vais jamais aux courses à reculons. Mais si l’on me permet de faire la grasse matinée de temps en temps le dimanche ça me convient aussi (rires). Je préfère de loin le travail du matin, m’occuper des poulains. Il va y avoir les qualifs des 2 ans dans un mois. Forcément, je vais en emmener. Dans cette catégorie on est plutôt gâtés. On a dû en essayer une quarantaine pour finalement en conserver une douzaine qui sortent du lot et devraient gagner leur vie facilement ».

"Entraîner c'est prendre le risque de manger des cailloux"

Après avoir concrétisé tout son apprentissage dès l’âge de 16 ans chez Sylvain Roger, après un an au service de Mickaël Lemercier et avoir accompli son rêve américain, Anthony a passé l’hiver à Grosbois chez Didier Brohier. « Parce qu’il me fallait vite trouver un boulot. Ma famille résidant à Paris, c’était aussi la facilité. Après un an et demi passé loin d’elle, je ne me sentais pas de partir dans la foulée en province. Ce fut un tel bonheur de nous retrouver. Même si on se téléphonait tous les jours, ce n’est pas pareil ». Un grand-père amateur, un père amateur, deux cousins sur le circuit, chez les Allais on en fait jamais de « trot ». Et pourtant, Anthony n’a aucune certitude sur son avenir. « Je sais très bien que je ne resterai pas dans ce métier toute ma vie. Devenir entraîneur, c’est non. Si les courses résistent plutôt bien, on ne sait pas où elles nous mèneront à moyen terme. C’est prendre un gros risque. Il faut un facteur chance, tomber sur de bons chevaux rapidement. Aujourd’hui, je suis salarié et ça me convient. Changer de statut c’est prendre le gros risque de manger des cailloux. Attention, dans 5 ans je changerai peut-être d’avis… ». Surtout si les bons résultats s’enchaînent après ce sixième succès de sa carrière. « Ce week-end je serai à Saint-Omer samedi et au Touquet dimanche avec des chances correctes pour mon patron. Alors pourquoi pas ? ». Au pire, les voyages forment la jeunesse. Et ce n’est pas lui qui nous contredira !

Fabrice Rougier


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