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1000 victoires : Romuald Mourice règle ses comptes
Publié le VENDREDI 30 OCTOBRE 2020


Photo : Jean-Michel Tempier

Il ne court jamais pour perdre, il ne réagit jamais pour rien dire, il reste tout simplement un professionnel de talent que beaucoup adulent, que certains détestent pour son franc-parler. Il n’en a cure. Il répond sur la piste et dans les colonnes du Veinard. Car, nous, on a choisi notre camp… et bien avant qu’il ne signe dimanche dernier à Salon-de-Provence sa millième victoire d’entraîneur après 24 ans d’une carrière rondement menée. Morceaux choisis d’une rencontre toujours sympathique.
 
1000 victoires :
« C’est beaucoup de boulot, beaucoup de maux de tête et d’antalgiques absorbés. Maintenant on me parle de mille victoires en tant que driver, mais je n’y arriverai jamais car avec ce boulot et ses contrariétés on finira tous par crever un jour ».

Son personnel :
« En marge de mes succès personnels, mes gars en gagnent également beaucoup et tant mieux. Ça ne rigole cela dit pas souvent, il faut aimer ce que l’on fait. J’ai toujours été bien entouré. Tout le monde n’ose pas venir travailler avec nous, car il y a beaucoup de boulot, mais au bout du compte, quand tu fais le constat, ils apprennent, ils gagnent leur vie et se font plaisir en course. Du coup, c’est un peu une sélection naturelle. Les bons n’hésitent pas à nous rejoindre. Ils sont doués dans un sulky, ils sont bons dans la cour, ils méritent d’être récompensés. Nos apprentis réussiront. Si la chance les accompagne, ils y arriveront plus tard. Ils n’appartiennent pas à la catégorie de ces petits guignols qui vont prendre un agent pour essayer d’écraser la gueule du voisin ».

Ses installations :
« Je le dis depuis le début. De m’être installé à Charleval est un facteur améliorateur. C’est un outil de travail performant qui m’a amené de meilleurs chevaux, de meilleurs clients et tout le reste pour pouvoir progresser. C’est une fierté. Pour le petit normand de mes deux que je suis, avoir réussi à monter un truc pareil dans le Sud, j’en suis fier. Quand je vois les installations qui existent pour travailler par chez nous, par rapport à ce qui se fait là-haut, oui je peux être satisfait. Comme dans tous les boulots, pour être performant, il faut que tous les maillons de la chaîne soient efficaces. Il faut que la piste soit bonne, que les chevaux et les propriétaires soient bons, que les salariés se sentent concernés, il faut que la patronne derrière suive, sinon le miracle n’existe pas. Il y a de l’entretien, faut constamment resabler, tout coûte beaucoup d’argent, mais j’ai réalisé ce projet pour deux raisons, à savoir améliorer l’outil de travail et pouvoir le revendre afin de m’assurer une retraite plus confortable ».

Vincennes :
« On y va parfois pour se faire plaisir. On ne cherche pas à faire péter les scores pour reprendre une expression à la mode. On entend être constant et ce sur le long terme. Il n’y a que comme cela qu’on s’en sortira. A partir du moment où tu commences à faire du chiffre et avancer, il faut absolument répéter l’année d’après, puis deux ans après et ainsi de suite. Et il faut aussi que ça dure durant trente ans. Si tu fais les montagnes russes durant toute ta carrière t’es mal ».

Cagnes :
« A Cagnes on est toujours dans le bon tempo. C’est un épisode qu’on prépare deux fois par an. Il faut de bons chevaux. Pour cet hiver, je suis plus optimiste qu’habituellement, même s’il me manque encore des bons  chevaux, il ne faut pas le cacher. Les insensés sont ceux qui pensent qu’ils sont meilleurs que les autres. Mais je suis assez confiant. Je reste cependant encore moyen avec les « H », mais j’ai des « G » et des « F » très corrects. Néanmoins, je demeure un petit artisan. Je ne fais pas dans le bling-bling. Plus sérieusement, c’est compliqué de gagner avec une course quand certaines écuries débarquent avec des trotteurs dont la valeur est dix fois supérieure à celle de ton partenaire. Moi je brasse un peu de tout, mais à force de brasser de tout, on finit toujours par tomber sur quelques pépites. Je ne peux pas attendre que mes clients achètent un cheval à 100 000 €, sinon je ne suis pas prêt de remplir l’écurie. Cela dit, je n’ai surtout pas à me plaindre de leurs choix. Mes propriétaires sont des gens très fidèles sur lesquels je peux compter. Avec eux, on est place, nous formons une super équipe ». 
  
Le confinement :
« Les chiffres du PMU étaient bons et là on revient dans le flou. Malgré l’arrêt contraint, on a accumulé 67 victoires en 2020. C’est un bon score. Certes. On peut voir les choses ainsi. Mais je suis à moins 400 000 € par rapport à l’an dernier. On arrivait à payer les emprunts en cours, mais là il va en manquer. Comment on va faire ? L’Etat passe du pognon aux clubs hippiques et pour nous zéro comme d’habitude. C’est vraiment une période particulière. Avec deux mois de courses perdus  et 25% d’allocations en moins, si certains s’en sortent il faudra qu’ils m’expliquent. C’est impossible. Si l'on venait à nous reconfiner et qu’on ne rattrape pas les effets de la deuxième vague de la covid, je ne vois pas comment un trotteur pourra un jour atteindre 150 000 € dans sa carrière. Les chevaux ne montent plus en gains. C’est problématique. Je suis bien content d’avoir 50 balais dans ce contexte. Et encore, j’aimerai en avoir dix de plus. Aujourd’hui il faut être sur tous les fronts, partout et toujours. Quand tu as 25 ans tu le gères. Quand tu en as 50, il t’arrive d’en avoir plein le cul. Le coronavirus tu n’as pas le choix, tu le subis. Mais la baisse des allocations deux fois, ça se traduit par moins 25%. Alors quand une écurie comme la mienne prend 2 millions à l’année, si on ne prend que 1,5 million ça devient catastrophique. Si le boucher, le boulanger ou le restaurateur du coin fait 25% de chiffre d’affaire en moins, ça va se passer comment pour lui ? Il ferme ! Chez nous ce sera pareil ».

L’avenir :
« J’ajoute un bâton vert chaque 31 décembre. Et quand ma femme arrive à payer toutes les factures à la fin du mois, elle met un bâton vert aussi. Elle possède ce recul, vu de l’extérieur, qui nous est nécessaire. Moi je broie du noir et j’ai la tête dans le guidon. Alors j’avance, j’avance et je suis content d’avancer. Alors qu’elle, elle voit les emmerdes qui s’accumulent. Tout est cher. Les allocations chutent, mais pas le maréchal, ni la bouffe, pour le foin c’est pareil, le gasoil et le péage n’en parlons pas, quant aux conditions salariales je pense qu’il doit tellement y en avoir qui ne peuvent plus payer la MSA qu’on finit par payer la dette pour eux. On peut aussi évoquer les locations des boxes à Cagnes. Avant, quand tu avais un partant qui ne finissait pas dans les cinq premiers, ils t’enlevaient dix euros. Maintenant, comme toute bonne chose, ça n’existe plus. On est les bonnes poires du système. On ne fait que cracher, cracher, cracher. Chaque année qui passe est quelque part une année de moins à faire ».

Propos recueillis par Fabrice Rougier


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