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Gwen Richard à la récolte du temps perdu ![]() Titulaire d’une licence de jockey depuis trois saisons seulement, après des études extérieures au métier, Gwen Richard peut déjà se targuer, sans même avoir atteint les 85 victoires synonymes d’un passage chez les professionnels, d’avoir remporté un panel de 74 courses dont un Groupe I à Auteuil, le Prix Cambacérès, et depuis samedi un Quinté grâce à Sambrillon pour l’entraînement d’André Sannier. Rencontre avec l’un des espoirs de l’écurie Nicolle.
Mardi, à l’heure où l’après-midi commence à tirer ses rideaux, quand les derniers sauteurs quittent l’hippodrome de Fontainebleau, à quelque cinq cents kilomètres de là, Gwen Richard décompresse à peine de ses quatre derniers lots, essentiellement des poulains en apprentissage, à Saint-Augustin en Charente-Maritime. En bon soldat de l’armée de champions de François Nicolle. Fier et heureux d’être sur le toit de l’obstacle même loin des caméras. Les lumières médiatiques l’ont suffisamment poursuivi trois jours plus tôt, alors que le jeune jockey venait de s’adjuger son premier Quinté à Auteuil avec Sambrillon. Une monte extérieure à laquelle il ne s’attendait pas. « Je dois avant tout cette victoire à mon agent, Sandie Doussot, avec qui je collabore depuis l’automne. C’est elle qui a déniché la jument. Voilà un moment qu’elle la suivait. Elle a réussi à me mettre en selle à point nommé. Avant le coup, pour être honnête, je ne me voyais pas gagner. Au mieux prendre une place. On aurait même été très contents de terminer dans les cinq. Tout s’est parfaitement déroulé. Ça fait énormément plaisir de gagner pour monsieur Sannier qui a un permis d’entraîner. Comme moi, ces petits entraîneurs n’ont pas tous les jours l’occasion de briller à ce niveau. Partager le bonheur aux courses, ça n’a pas de prix », rappelle Gwen. Puis de préciser, « Un Quinté c’est beau. Déjà, d’y participer n’est pas donné à tout le monde, alors en gagner un encore moins. C’est l’aboutissement du travail qu’on fait tous les jours dans l’anonymat comme aujourd’hui. Dans la foulée, je réalisais un beau doublé avec Jazzy Senam, une pouliche du patron qui en classe pure paraissait au-dessus du lot. Cela dit, elle n’est pas toujours sérieuse sur les obstacles, ce qui parfois nous coûte cher ». Un succès de plus pour la team Nicolle qui au soir du 1er mars, alors qu’Auteuil se réveille à peine, tutoyait déjà les quinze victoires. Mais à quoi tient vraiment une telle réussite depuis plusieurs années ? Nous en avons profité pour demander à notre jeune breton originaire de Ploërmel, à côté de l’hippodrome de Malleville, son analyse. « On dispose d’un outil de travail vraiment exceptionnel et l’on bénéficie de propriétaires qui nous confient des chevaux de qualité. Le savoir-faire de François Nicolle fait le reste. Ce n’est jamais évident, c’est beaucoup de pression que de travailler pour une si prestigieuse écurie même si nous, les jockeys, avons quelque part le beau rôle. Au final, il nous suffit de ne pas se tromper en course, d’être performants le matin et décisifs le moment venu », signifie Gwen. "Je n'ai pas le droit de me plaindre" Le pilote en sait quelque chose lui qui, à la fin 2021, alors qu’il venait à peine de quitter sa Bretagne et la cour de Pierre Fertillet, s’installait durablement au plus haut niveau jusqu’à monter sur la plus haute marche du Prix Cambacérès (Grp. I), la Grande course de haies des 3 ans, avec Kyrov. « Un cheval de cœur. Il m’a tout offert. Sa prestation moyenne dans la Grande Course de Haies de Pau est surtout due à son manque de tenue. 4100 mètres c’était le bout du Monde pour lui. Il ne faut pas oublier qu’il possède des origines de plat. A partir de 3800 mètres c’est donc plus compliqué. Le passage de 4 à 5 ans est également un cap. On doit désormais affronter les vieux. S’ouvre aussi à nous la possibilité d’aller en steeple. Il a bien gagné dans la spécialité à Pau. L’hippodrome de Compiègne qui possède des parcours de steeple moins longs pourrait être une étape. Sur les gros, il est plus appliqué. Il découvre une nouvelle façon de s’amuser tout en restant très attentif. Franchir de simples haies était je pense devenu trop répétitif ». Titulaire de 74 victoires alors qu’il n’a que 21 ans, Gwen Richard est déjà passé par tous les étages. Du modeste réclamer au Groupe I. Aussi rapidement que tardivement. Sans prendre l’ascenseur de l’Afasec. « A la base, mes parents ont voulu que je fasse des études avant de me diriger vers les chevaux. J’ai fait un bac pro d’aménagement paysager qui me permet d’avoir un bagage si l’on venait m’apprendre du jour au lendemain que je ne pourrais plus monter à cheval. Ma mère a vu son frère (Armel Le Clerc, ndlr) éprouver tant de difficultés pour faire le poids, subir des chutes à répétition, donc ça la rassurait que j’obtienne un diplôme, que je n’aille pas sur les hippodromes la fleur au fusil. Même si les courses restent un plaisir pour mes parents, ils ont une activité à côté, ils connaissent suffisamment le milieu pour savoir qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Surtout en obstacle. Du jour au lendemain, tout peut s’effondrer. Autant assurer son avenir ». A une dizaine de victoires d’un passage chez les professionnels, Gwen Richard a déjà oublié sa clavicule cassée en début de carrière et une luxation. Des petits bobos de cascadeur qui n’entachent surtout pas sa détermination. « Ecumer la province pour Pierre Fertillet m’a permis de fourbir mes armes avant de conquérir Paris pour François Nicolle. Mon début de carrière est donc très satisfaisant. Je n’ai pas à me plaindre et je n’en ai du reste pas le droit. Beaucoup de jockeys n’en ont pas fait autant. Alors, oui, c’est bien, mais dans ce métier-là seul le fait de durer compte. Désormais, j’aimerai avoir un bon cheval de grand-steeple pour confirmer ces bons débuts et remercier tous ceux qui ont cru en moi. Beaucoup de personnes m’ont toujours soutenu et même poussé à devenir jockey, d’autres m’ont ensuite aidé à améliorer ma façon de monter. Au départ, cette voie professionnelle n’était pas la mienne, elle n’avait rien d’une évidence, mais je suis tellement heureux de construire tout cela aujourd’hui. Je le dois aux gens qui m’ont fait monter et gagner, aux entraîneurs, aux propriétaires et aux éleveurs,… derrière chaque cheval, chaque victoire, une chaîne de personnes nous accompagne. Si l’on est là c’est avant tout grâce à eux ». Fabrice Rougier
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