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Guillaume Viel, un amateur comblé par son environnement
Publié le LUNDI 29 MAI 2023


Il avait déjà presque tout gagné dans la catégorie des gentlemen-riders et cavalières sauf le Prix du Maréchal Foch, la plus haute distinction chez les amateurs. C’est chose faite depuis dimanche à Auteuil grâce à Miss Montigny. Guillaume Viel revient sur une semaine totalement folle ponctuée de la plus belle des manières.

Son coup de deux aura marqué les esprits en intervenant en l’espace de trois jours. D’abord en plat au Lion d’Angers, puis à Auteuil, dimanche dernier, dans le Prix du Maréchal-Foch, le steeple le plus prisé dès lors qu’on est un gentleman-rider. Un signe de polyvalence. Une marque familiale qu’on cultive chez les Viel depuis cinq générations. Tous sont en effet passés par l’amateurisme jusqu’à Mathéo, le petit dernier, avant de devenir professionnels. Tous… sauf un ! Guillaume, l’artisan de ce doublé à la saveur incomparable. « La semaine avait plutôt bien commencé avec Alabaa, un cheval dont je suis propriétaire à 25%. C’est ma plus grosse part sur un pur-sang. On l’a longtemps attendu, plus d’un an, en raison d’une tendinite juste après son achat à l’amiable. Mais cette victoire me réjouit surtout pour Julien Barthe, un jeune rencontré alors que j’étais ingénieur travaux. C’était sa troisième victoire en tant que copropriétaire. En plus avec sa casaque. Ce n’est que du bonheur de vivre pareils moments. Surtout devant 15000 spectateurs. Dimanche, à Auteuil, c’était le Graal. Le Prix Maréchal-Foch est devenu la plus belle course d’obstacle qu’un amateur puisse remporter depuis que le parcours du Prix de France a été modifié et qu’on ne saute plus le raid ditch jugé trop difficile pour les gentlemen et cavalières. Gagner un jour de Grand steeple-chase de Paris, c’est fabuleux. Il y avait du monde sur l’hippodrome, certes, mais surtout beaucoup de qualité derrière les élastiques. C’est une victoire marquante car, au papier, Miss Montigny n’avait qu’une chance d’outsider. Les représentants de Fabrice Foucher et de David Cottin étant tombés, je n’avais plus que Calotin le « Macaire » à battre sur le plat, mais franchement je ne pensais pas y parvenir. Ça me fait vraiment plaisir pour Thierry Cypres qui travaille avec mes parents depuis de nombreuses années. C’est un ami de la famille. On le connaissait bien avant qu’il sorte des champions comme Figuéro ou Bipolaire. C’est du reste l’un des éleveurs les plus réputés du Centre de la France. Il souhaitait absolument que je monte sa jument. Il me l’avait réservée dès les engagements. C’est merveilleux. C’est également glorifiant de gagner pour François Nicolle pour qui j’avais déjà eu l’occasion de triompher. Il engage toujours des partants dans notre catégorie. C’est un ancien gentleman lui-même. Il sait mieux que quiconque que l’amateurisme constitue le bas de la pyramide du monde hippique. Enormément de grands professionnels devenus entraîneurs, jockeys, éleveurs, même commissaires en sont issus. C’est donc une activité à valoriser et il faut le remercier pour son investissement à ce niveau », précise le fils de Laurent, 28 ans, petit frère de Thomas, aîné de Mathéo. Des succès de prestige qui ne le dévieront jamais du chemin qu’il s’est tracé. Il aurait pourtant pu dès potron-minet sortir des lots et rentrer chez lui à pas d’heure au terme d’une réunion loin de sa base rennaise. Lui qui, en douze ans de licence, totalise 63 victoires (60% à l’obstacle), collectionne deux cravaches d’or de l’Ouest, une d’argent et trois de bronze au plan national, et a remporté deux Prix de France et les Championnats du Monde en 2018.

La sécurité d'un métier stable

Trop peu pour l’enflammer. « Mes frères poursuivront l’activité de mon père et en aucun cas je ne me battrai avec eux. Je monte par contre à l’écurie de mes parents tous les samedis matin avec ma copine Justine Bourillon, la fille de David, ancienne cravache d’or de l’Ouest, qui a aussi sa licence de cavalière. Si j’ai souhaité rester amateur, c’est parce que les études ne m’ont jamais fait peur. Aujourd’hui, je suis chargé d’affaires pour le Groupe Séché environnement, expert dans les déchets dangereux, dont le Président est Joël Séché, vice-président de Le Trot. C’est un domaine dans lequel je peux exprimer tout ce que j’ai appris durant mes études ponctuées par un Master en biologie développement durable. Cela me permet de garder quand même un pied dans les chevaux car c’est une entreprise de 6000 salariés familiale très axée sur le monde hippique. De toute façon j’étais trop grand pour ce métier et mon poids aurait compliqué les choses. J’ai donc opté pour la sécurité d’avoir un métier stable tout en conservant le plaisir de monter en course. J’ai du reste fait un effort pour dimanche, cela faisait un bout de temps que je n’avais plus monté à 67 kg. Je préfère de loin le côté amateur où l’on a quand même moins de pression. Si je ne monte pas correctement dans une course, le soir-même c’est oublié alors que quand on est professionnel la moindre erreur peut avoir des conséquences sur une carrière. J’ai envie de me détacher clairement de ça. Je suis vraiment heureux dans la société pour laquelle je travaille et il y a des chances que j’y reste toute ma vie », présage encore Guillaume qui accorde également une partie de son emploi de temps à l’Association des Gentlemen-riders et des Cavalières de l’Ouest qui organisait jeudi dernier sur l’hippodrome de l’Isle Briand, la treizième édition de sa grande soirée dédiée au monde amateur. « J’en suis le Président depuis 2019. Thibault Marlin et Maxime Denuault m’ont repassé le flambeau. On a un bureau de dix camarades qui montent encore tous en courses avec cet objectif précis de tisser des liens de courtoisie et de camaraderie sportive entre les amateurs », souligne encore le nouveau « Maréchal d’Auteuil » qui n’a désormais plus qu’un rêve. « Monter un jour à Cheltenham pour vivre l’ambiance des courses anglaises ». Il se réalisera un jour. Et vu ses qualités de jockey, il y gagnera. Of course !

Fabrice Rougier


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